Les usines que j’ai visitées ces dernières années montrent une réalité : beaucoup de lignes de production fonctionnent encore avec des automates programmables (PLC) robustes mais vieillissants. Remplacer ces équipements par des automates modernes peut être coûteux et disruptif. Pourtant la menace des rançongiciels ne tolère pas l’immobilisme. Voici comment je sécurise — ou recommande de sécuriser — une ligne de production legacy contre les rançongiciels, sans remplacer les PLC.
Comprendre d’abord le terrain
Avant toute action, je commence par cartographier. Connaître précisément le parc d’automates, les HMI, les serveurs SCADA, les interfaces OPC, les consoles d’ingénierie et les points d’accès réseau est indispensable. Sans une cartographie détaillée, on tire à l’aveugle.
Je réalise :
Appliquer la segmentation réseau et le principe de moindre privilège
La segmentation réseau est la première barrière que je mets en place. Il faut séparer l’IT (bureaux, ERP) de l’OT (PLC, SCADA). Mais il faut aussi segmenter l’OT : zone de contrôle, zone de supervision, DMZ pour les services externes. Un VLAN ou, mieux, un pare-feu industriel (p. ex. Palo Alto, Fortinet, ou des appliances dédiées OT) permet de filtrer strictement les flux.
Accepter la réalité : les PLC restent inchangés, sécuriser autour
Modifier le firmware des PLC legacy ou remplacer des blocs fonctionnels n’est pas toujours possible. Dans ce cas, je rends l’environnement autour des PLC plus sécurisé :
Contrôler et sécuriser les accès distants
Beaucoup d’incidents proviennent d’un accès distant mal contrôlé (VPN permanent, mots de passe partagés, sessions RDP ouvertes). J’applique toujours ces bonnes pratiques :
Surveillance et détection : ne pas se reposer sur la prévention seule
Les rançongiciels évoluent vite ; la détection précoce fait souvent la différence. J’implémente une supervision dédiée OT :
Gestion des correctifs et des configurations
Patch management sur PLC legacy est souvent impossible. À la place, je mets en place :
Sauvegardes, plans de continuité et tests réguliers
Les rançongiciels chiffrent ou suppriment des données. Avoir des sauvegardes fiables et testées est non négociable.
Renforcer les contrôles endpoints et la sécurité physique
Les postes HMI et les stations d’ingénierie sont souvent vecteurs d’infection. J’impose :
Politiques, formation et gouvernance
La technologie ne suffit pas si les équipes ne sont pas préparées. J’investis du temps dans :
Outils et fournisseurs à connaître
Je m’appuie souvent sur un mix d’outils IT/OT certifiés :
| Fonction | Exemples |
| IDS/Monitoring OT | Nozomi Networks, Claroty, Dragos |
| Remote Secure Access | TeamViewer Tensor (industriel), TDi Secure Remote, OpenVPN + MFA |
| EDR/Endpoint | SentinelOne, CrowdStrike (adaptation OT) |
| Firewalls / segmentation | Fortinet, Palo Alto, Cisco Industrial Firewalls |
Chaque usine a ses contraintes ; ces solutions ne sont pas universelles mais donnent des pistes. J’ai notamment vu une ligne protégée efficacement en combinant une DMZ OPC UA, des jump servers enregistrant toutes les sessions et des sauvegardes air-gapped : l’impact opérationnel a été minimal.
Enfin, je répète toujours : il ne s’agit pas d’un projet ponctuel, mais d’un processus continu. Menacer la surface d’attaque, surveiller en continu, tester et former — voilà la recette pour protéger des PLC legacy contre les rançongiciels sans entrer dans une coûteuse et risquée opération de remplacement massif d’automates.