Le ciment est au cœur de nos infrastructures — routes, ponts, immeubles — mais c’est aussi l’un des secteurs industriels les plus émetteurs de CO2. En tant qu’observateur et passionné des enjeux industriels, je me demande souvent : comment les cimentiers peuvent-ils réellement diviser par deux leurs émissions ? La réponse ne tient pas à une seule technologie, mais à une combinaison de leviers où le captage et la réutilisation du CO2 (capture, utilisation, stockage — CCUS/CCU) tiennent une place centrale. Dans cet article, je décris, à la première personne, les leviers opérationnels, technologiques et politiques qui rendent cet objectif crédible et atteignable.
Pourquoi le ciment est si émissif ?
Avant de discuter des solutions, il est utile de rappeler l’origine des émissions. Elles proviennent de deux sources principales :
Autrement dit, réduire drastiquement les émissions du ciment demande de s’attaquer à la fois au procédé de calcination (puisque le CO2 est une sortie du processus) et à l’énergie utilisée.
Les technologies de captage applicables au ciment
Plusieurs technologies de captage du CO2 peuvent être intégrées dans une cimenterie. Chacune a ses avantages, ses contraintes et son niveau de maturité. Voici un tableau synthétique que j’utilise souvent pour comparer les options :
| Technologie | Principe | Avantages | Contraintes |
|---|---|---|---|
| Post-combustion (absorption chimique) | Captage du CO2 dans les fumées via solvants (amine) | Mûre, adaptable aux lignes existantes | Coûteux en énergie (régen.), encombrant |
| Oxyfuel | Combustion avec O2 pur pour produire des fumées riches en CO2 | Flux de CO2 concentré, simplifie purification | Besoin d’air séparateur (ASU), réaménagement important |
| Pré-calcination / capture sur calcinator | Capture à la source durant la décarbonatation | Permet de capter CO2 pur du procédé | Intégration complexe, variations de composition |
| Direct Air Capture (DAC) | Capture du CO2 directement dans l’air ambiant | Permet compenser émissions difficiles | Très énergivore et coûteux aujourd’hui |
Réutiliser le CO2 : de la capture à la valeur
Capturer le CO2 n’est qu’une première étape. Pour diviser par deux les émissions à coûts raisonnables, il faut valoriser une part significative du CO2 capté — c’est là qu’intervient la réutilisation (CCU). Voici des voies concrètes :
Levier opérationnel : réduire la part du clinker
Si je devais citer le levier le plus immédiat et rentable, ce serait la substitution de clinker par des additifs (cendres volantes, laitier de haut-fourneau, calcinés d’argiles). Réduire le contenu en clinker du ciment diminue directement la part de CO2 liée à la calcination.
Énergie et électrification
Je ne peux pas insister assez sur l’importance de décarboner l’énergie :
Aspects économiques et politiques
Pour que le captage et la réutilisation du CO2 se diffusent à grande échelle, il faut un cadre économique favorable :
Des projets européens et nationaux ont montré que des combinaisons de subventions et de prix du carbone permettent de lancer des premières unités et d’apprendre pour industrialiser ensuite.
Exemples concrets et acteurs
Sur le terrain, on voit déjà des initiatives :
Ces initiatives montrent qu’il est possible d’allier captage et utilisation pour créer une valeur commerciale, pas seulement un coût environnemental.
Feuille de route industrielle que je recommande
Si j’étais aux commandes d’une cimenterie désirant réduire ses émissions de 50 %, voici la trajectoire que je préconiserais :
Risques et verrous à surveiller
Je ne veux pas masquer les difficultés :
En résumé, réduire de moitié les émissions des cimentiers est techniquement possible si l’on combine substitutions de clinker, gains d’efficacité, électrification, et surtout le développement du captage couplé à des usages industriels du CO2. Ce n’est pas une solution miracle : c’est un bouquet de mesures, soutenu par des mécanismes économiques et des infrastructures partagées, qui permettra au secteur de franchir un cap décisif.